L'O.R.A.N.A.
L'ORGANISME DE RECHERCHE SUR L'ALIMENTATION ET LA NUTRITION AFRICAINES

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, de très nombreux cas de malnutrition sont observés chez les prisonniers et parmi les populations des pays sous-developpés où les armées occidentales sont appelées à stationner ou à transiter. Ces constatations amènent les gouvernements à tenir à Hot Springs, aux États-Unis, en mai-juin 1943 une conférence où il est décidé d’étendre et de coordonner les recherches en matière de nutrition. La France prend l’engagement de créer, dans ses possessions africaines, des organismes destinés d’une part à étudier la répartition et les incidences de la malnutrition, d’autre part à prendre les mesures propres à y remédier.

Ainsi est créée, en 1946, à Dakar la "Mission anthropologique de l’AOF", dirigée par L. Pales*. Il entreprend, dans le cadre d’une vaste enquête anthropométrique, physiologique, biochimique, voire psychologique, une étude de l’alimentation couvrant les deux tiers de l’Afrique occidentale française. Cette mission fonctionne pendant trente mois, de janvier 1946 à aout 1948. En 1949, Bergouniou* oriente la recherche vers le dépistage des carences protéiques.


Savane forestière en Casamance

En 1953, l’ORANA est créé. Le directeur, Raoult* et les chefs de sections sont des médecins et pharmaciens du Corps de santé colonial. Jusqu’à l’indépendance des États africains, grâce à des laboratoires de qualité et à des équipes d’enquêteurs autochtones bien rodés, cet établissement s’illustre notamment dans les domaines suivants :

- l’analyse des aliments africains,
- la définition des besoins alimentaires,
- les enquêtes de consommation alimentaire à domicile ainsi que la psychosociologie de l’alimentation,
- l’étude et le dépistage de masse des maladies carentielles et leur prévention,
- l’étude de supplémentations par des aliments locaux assurant une protection des enfants.

Dans les années 1960, un programmme de recherche dirigé par Toury* a trait à l’aflatoxine produite par une moisissure des arachides et qui, chez certains animaux, provoque des cancers du foie.

Progressivement, les troubles nutritionnels sont incorporés dans le Service des grandes endémies. L’ORANA est rattaché, après les indépendances, à l’OCCGE.

En outre, à travers l’Afrique noire, se créent notamment à Abidjan des instituts de recherches similaires. Les chercheurs de l’ORSTOM se joignent aux militaires coloniaux. La collaboration avec les organismes de recherche des pays développés permet de faire le point sur les particularités de l’alimentation et de la pathologie nutritionnelle en Afrique noire. Dans tout ce réseau, l’ORANA, qui fonctionne encore de nos jours, reste une pièce maîtresse.


Page publiée le 26/02/2016.