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Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

INNOVATION : LE DRONE COMME OUTIL DE TRANSPORT MÉDICAL.
Article mis en ligne le 15 septembre 2026
dernière modification le 13 septembre 2026

A l’heure où les drones sont devenus sur le théâtre de combats russo-ukrainien la modalité d’armement usuelle transformant en grande partie les stratégies militaires, apparait une autre application de cet outil beaucoup plus pacifique : son utilisation dans le monde de la santé, singulièrement dans le secteur hospitalier.

La société Delivrone créée en 2021 et dont le siège est situé en Normandie s’est en effet spécialisée dans l’accompagnement des établissements de santé pour améliorer en le fluidifiant le parcours de soins. Il s’agit d’avoir recours à un drone dans différents cas d’usage qui répondent toujours à des enjeux de santé, soit auprès de services d’urgence, soit auprès des laboratoires de biologie ou des pharmacies. En accélérant l’acheminement des prélèvements biologiques, des médicaments urgents ou des dispositifs médicaux, le transport médical par drone permet de réduire des délais de livraison avec un impact direct sur le fonctionnement des services, notamment les urgences.

Transport médical par drone : modèle Eiger III.

Quand une demande de transport est effectuée par un établissement, le drone va décoller et assurer sa mission de manière automatique, supervisée par des télépilotes depuis le centre de contrôle normand de la société. A ce jour, le rayon d’action des drones est de 70 kms et chaque drone pour transporter 3 kg de charge mais plusieurs types de drones sont utilisés (Eiger III, Tundra) selon leur rayon d’action et la charge utile. Lorsqu’un établissement se dote de l’outil, il dispose d’une structure de 10 mètres sur 10 mètres qui peut être installée sur un toit, dans une cour logistique ou sur un terrain dédié, selon l’environnement et les besoins de l’établissement ; cette structure constitue à la fois le garage du drone, le centre technique d’exploitation et le point d’échange sécurisé entre l’aéronef et les équipes hospitalières. La supervision du vol s’effectue à partir de cette structure. Une plateforme élévatrice intégrée à cette structure permet au drone de décoller et d’atterrir à l’intérieur d’un espace fermé, avant d’être remonté à la surface pour le vol. Ce mécanisme garantit que l’appareil reste à l’abri en dehors des phases de mission, réduisant considérablement les risques de dégradation, d’intrusion ou de manipulation non autorisée.

Le « garage » du drone au sein d’un établissement hospitalier.

En pratique, ce recours répond aujourd’hui à 3 cas d’usage principaux.
• Le premier consiste à relier le service d’urgence d’un hôpital de proximité à un laboratoire pour transporter en quelques minutes des échantillons biologiques vers un laboratoire de biologie. Ce process est déjà opérationnel entre l’hôpital de Verneuil-sur-Avre (Eure) et L’Aigle (Orne), entre Valenciennes et Maubeuge et entre Valenciennes et Le Quesnoy (Nord), entre Villefranche-sur-Saône et Beaujeu (Rhône) ; une dizaine de lignes seront ouvertes dans les 6 prochains mois, une quinzaine sont encore actuellement en test et une quarantaine sont en discussion, preuve de l’attractivité de la formule sachant qu’il a été prouvé que ce type de transport n’avait aucun impact sur la qualité du prélèvement biologique.
• Le second, corollaire du précédent, est de permettre des rotations régulières entre des laboratoires de biologie « bi-site » avec des temps de trajet parfaitement prévisibles ce qui permet d’améliorer la prise en charge globale.
• Le troisième concerne des stratégies de groupement hospitalier de territoire assurant un maillage entre établissements qui sont de plus en plus interconnectés permettant d’obtenir un rendu d’analyse identique et très rapide quel que soit le lieu d’habitation du patient ou la livraison de médicaments ou de dispositifs médicaux. Cette application testée dans les CHU de Rouen, de Caen, d’Amiens et au CH de Valenciennes représente une véritable révolution logistique qui a impliqué de lever différents freins réglementaires, techniques et économiques, ce qui est chose faite et peut maintenant faire l’objet d’un déploiement national.

Pour permettre ce recours, la société Delivrone a obtenu des autorisations de vol par la Direction de la sécurité de l’aviation civile (DSAC) se positionnant auprès de celle-ci comme une mini-compagnie aérienne. Avec plus de 100 000 kms de vol médical opérationnel, le retour d’expérience et de niveau de qualité de la société Delivrone est dorénavant solide et s’inscrit pleinement dans les règles de U-Space, solution commune à l’ensemble des pays de l’Union Européenne pour faciliter un usage des drones qui soit sur et protecteur pour l’environnement et la vie privée.

Deux autres projets actuellement à l’étude retiennent particulièrement l’attention par leur ambition et leur originalité.
• Le projet Airdef mené avec le CHU de Rouen consiste en la livraison de défibrillateur en urgence. Après un an de recherche et de développement sur le territoire de Forges-les-Eaux (Seine-Maritime), une expérimentation est actuellement menée au niveau de la métropole rouennaise. Un agent de régulation médicale du SAMU peut déclencher en un clic le décollage d’un drone en cas de suspicion d’arrêt cardiaque qui va livrer le défibrillateur à quelques mètres de la victime….
• Le transport de greffons est à l’étude avec le CHU de Nantes ; il a impliqué que soit lancé un projet de recherche et de développement pour faire en sorte que le drone soit habilité au transport d’organe et que les modalités de transport permettent une conservation optimale du greffon. Dans cette application, il convient cependant que le rayon d’action du drone soit beaucoup plus important mais ceci devrait s’améliorer rapidement.

Comme l’intelligence artificielle ou la robotique, le drone fait dorénavant partie des investissements potentiels des établissements de santé en participant d’une véritable révolution logistique. Cela participe évidemment également d’une réflexion écologique, le drone permettant de diminuer de 95 % l’émission de CO2 par rapport à un transport thermique.

Il ne fait aucun doute que le Service de Santé des Armées sera intéressé par ces applications que permettent le recours aux drones dans le domaine de la santé… si ce n’est déjà fait !