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Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

LA RÉSERVE OPÉRATIONNELLE : UNE COMPOSANTE PLEINE ET ENTIÈRE DU SERVICE DE SANTÉ DES ARMÉES.
Article mis en ligne le 22 juin 2026

A l’instar de l’ensemble des armées, le Service de santé des armées (SSA) a effectué un important travail de redéfinition de sa réserve opérationnelle non seulement sur un plan quantitatif pour répondre aux objectifs qui lui ont été fixés par le MINDEF mais aussi et surtout sur le statut, les missions et les conditions d’emploi de ces réservistes qui intègrent ainsi pleinement les effectifs et les capacités du SSA : ils ne doivent plus être considérés comme de simples supplétifs mais comme des militaires à part entière, possédant les mêmes droits et soumis aux mêmes obligations que les personnels d’active, une fois vêtus de l’uniforme.

L’objectif fixé de recruter 4600 réservistes, soit 1 réserviste pour 2 actifs est dorénavant atteint par le SSA. Le quart de ces personnels est représenté par des médecins (soit un peu plus de 1 000 médecins) toutes spécialités confondues, le tiers par des personnels infirmiers, le reste faisant appel aux divers autres métiers de santé et à des personnels de soutien médico-administratif. Ces réservistes de la réserve opérationnelle, issus du monde civil, doivent être capables de s’intégrer immédiatement dans une unité constituée ou d’intervenir en qualité de complément individuel, ce qui implique une militarité réelle, leur seule compétence médicale ou paramédicale, bien que nécessaire, ne suffisant pas. Ainsi se définit une réserve « intégrée, utile et différenciée ».

Dans le contexte actuel, au niveau de l’ensemble des armées, la politique d’emploi de ces réservistes est clairement orientée par l’hypothèse d’un engagement majeur à venir. Ceci implique une intégration de la réserve dès le premier stade de défense (il existe 5 stades de défense, le stade 1 représentant l’état de guerre), la création d’unités de réserve (unité médicale opérationnelle de réserve (AMR), antenne chirurgicale de réserve (ACR)), la capacité d’armer les centres de rappel des réservistes sur l’ensemble du territoire national. Aux stades de défense 3 à 1, la mission des réservistes s’étend potentiellement au soutien de la force projetée, à la gestion des flux de blessés, au soutien de la nation hôte et au soutien des unités engagées dans la défense du territoire.

Par ailleurs, pour ces personnels, il s’agit d’apprendre à pratiquer la médecine sous contrainte, dans un environnement contenant son lot d’incertitudes, loin des habitudes et des protocoles qui caractérisent leurs modes d’exercice dans le civil : le réserviste doit acquérir une capacité à opérer la bascule d’un environnement sécurisé à un milieu dégradé et des réflexes superposables à ceux du soignant militaire d’active. Ceci s’applique par exemple aux chirurgiens souvent hautement spécialisés et qui, dans ce cadre, doivent revenir à une certaine polyvalence. La gestion du Damage control (doctrine consistant à prodiguer les soins minimums pour assurer la survie du militaire blessé), le fonctionnement au sein d’une chaîne médicale sous commandement militaire, les procédures d’évacuation ou les plans de défense doivent être connus de ces réservistes.

Pour répondre à ces besoins et fidéliser cette population de réservistes, le SSA via son Académie de Santé (ACASAN), met actuellement en œuvre un véritable parcours de formation et des parcours professionnels. Ainsi, une « formation réserve aguerrissement opérationnel santé » (FRAOS) dont les sessions de 5 jours réunissent 70 soignants militaires de réserve sur le camp de la Valbonne (Ain) permet de leur fournir les outils pour comprendre et maîtriser l’environnement militaire, particulièrement dans ce nouveau champ de conflictualité modifié par la haute intensité. Plus que d’une simple action de formation, cette FRAOS représente une véritable préparation opérationnelle : les stagiaires débutent par des ateliers procéduraux où ils acquièrent des gestes techniques dans un environnement sécurisé, puis, progressivement, ils quittent ce cadre pour évoluer en terrain libre et accomplir des missions de plus en plus complexes, au plus proche des conditions réelles d’un théâtre d’opérations ; cela s’inscrit dorénavant résolument vers les spécificités des conflits de haute intensité et, à ce titre, cette FRAOS participe d’une véritable préparation mentale des réservistes opérationnels à ce qui les attend potentiellement. D’autres voies de formation sont en cours telle que la numérisation de la formation des réservistes qui vise à les accompagner et à trouver un équilibre entre l’engagement militaire et leur vie professionnelle civile : à ce titre, par exemple, il existe un MOOC qui est proposé aux réservistes opérationnels spécialistes. Enfin, la signature par le SSA d’une convention avec l’Ecole supérieure des officiers de réserve spécialistes d’état-major, sorte d’Ecole de Guerre adaptée aux réservistes, est en cours. L’effort fait en ce sens au profit de cette réserve opérationnelle est donc très important de la part du SSA.

Autre élément marquant de cette montée en puissance, plusieurs AMR ont été créées dès 2025 à Tours et à Lyon pour les premières d’entre elles et ceci se poursuivra en 2026 : à terme, chaque centre médical des armées devra comporter au moins une AMR pour compléter la réponse opérationnelle mais aussi l’expertise de la médecine des forces. Parallèlement, le SSA compte déjà une ACR, située à Toulon, et devrait se voir renforcé d’une nouvelle antenne à Percy, d’ici la fin de l’année 2026. Ces antennes constituent une capacité supplémentaire destinée à renforcer les unités médicales de rôle 2 sur les théâtres d’opération, en temps de paix comme de crise. Elles donnent lieu à des sessions de formation comme celle qui s’est déroulée à Toulon en septembre 2025 au profit d’une quinzaine de soignants militaires réservistes. Ces antennes sont déployées au cours d’exercices majeurs comme cela a récemment été le cas lors d’ORION 2026.

Session de formation de réservistes opérationnels du SSA au sein de l’antenne chirurgicale de réserve à Toulon.

Enfin, il convient de souligner que le réserviste représente un train d’union entre le monde civil où il travaille et le monde militaire où il peut apporter un savoir-faire, une expertise que le SSA ne possède parfois pas ; à ce titre, il se doit de sensibiliser, lorsque l’occasion se présente, ses collègues civils aux problématiques de la médecine militaire et aux enjeux de défense que sa formation comme réserviste opérationnel lui a permis d’appréhender.