On sait que les cancers représentent en France la première cause de décès chez l’homme et la deuxième chez la femme après les maladies cardiovasculaires. Il est donc du plus grand intérêt de pouvoir disposer à ce sujet de données chiffrées précises. Pour répondre à ce besoin, la loi n° n°2025-596 du 30 juin 2025 a porté création d’un registre national des cancers (RNC) piloté par l’Institut national du cancer (INCA) avec, pour objectif, d’améliorer la couverture nationale du recueil des cas de cancers afin de renforcer la connaissance de la maladie, le suivi des trajectoires des patients et l’évaluation des actions de prévention, de dépistage, de prise en charge et de suivi après-cancer.
Les données sont fournies par 28 registres locaux qui couvrent environ un quart de la population française, y compris ultramarine. Les données nationales sont ensuite produites à partir de modélisations statistiques des données issues de ces registres et publiées par l’INCA. Elles ne sont cependant pas produites chaque année dans la mesure où il convient d’accepter un certain recul pour observer des tendances qui soient significatives.
Dans ce contexte, l’INCA vient de publier son rapport 2026 et les données qui y figurent sont d’un grand intérêt, qu’elles portent sur l’incidence et la mortalité des différentes localisations de cancers remettant parfois en question des connaissances antérieures, précisant l’évolution des possibilités de survie moyenne. Elles soulignent l’impact des différents facteurs de risque, des campagnes nationales de dépistage et surtout l’importance grandissante prise en termes de soins par l’ensemble des cancers.
Données générales sur l’incidence des cancers en France.
Le tableau suivant fournit les données générales sur l’incidence des cancers et en fonction du sexe et précise les incidences respectives des 4 cancers les plus fréquents pour chaque sexe.
Ces données montrent que la situation, en termes de tendance évolutive, est plutôt encourageante chez les hommes alors qu’elle apparaît préoccupante chez les femmes du fait de l’augmentation chez elles de l’incidence des cancers du poumon et du pancréas. Chez les hommes, l’incidence des cancers les plus fréquents diminue ou se stabilise, à l’exception du cancer du pancréas.
Données générales sur la mortalité des cancers en France.
Le tableau suivant fournit les données sur la mortalité des cancers en fonction du sexe et précise les taux de mortalité respectifs des 5 cancers les plus fréquents pour chaque sexe.
Le taux de mortalité par cancer tend globalement à diminuer entre 2019 et 2023. Cette diminution s’observe pour de nombreuses localisations, à l’exception du pancréas et du poumon spécifiquement chez les femmes. Elle est plus marquée chez les hommes du fait, chez eux, d’une modification des cancers incidents, de diagnostics réalisés plus précocement (prostate) et d’importantes avancées thérapeutiques parmi les cancers les plus fréquents (poumon).
Données sur la survie à 5 ans en fonction des localisations des cancers.
La survie des personnes atteintes de cancer est un indicateur clé pour évaluer l’amélioration globale du pronostic de chaque localisation du fait des progrès thérapeutiques et de la précocité de leur détection. Les données concernent les taux de survie à 5 ans observés en 2015 et la progression de ce taux entre 1990 et 2015.
On considère que le cancer est de pronostic favorable lorsque le taux de survie à 5 ans est supérieur à 65 %, intermédiaire entre 33% et 65 %, faible en deçà de 33 %.
Comme le montre les données chiffrées suivantes, ces taux de survie à 5 ans varient considérablement en fonction de la localisation du cancer mais l’on observe une progression très significative dans la quasi-totalité des cas et quel que soit le pronostic des taux de survie entre 1990 et 2015.
Evolution de l’impact des facteurs de risque.
Selon l’INCA, près de la moitié des cancers pourraient être évités. L’impact des différents facteurs de risque connus est très variable : 20 % des cancers sont liés au tabac, 8% à l’alcool, 5,4 % à une alimentation déséquilibrée, 5,4 % au surpoids, 4% à certaines infections, 3% aux expositions professionnelles, 3% (essentiellement les mélanomes) aux UV, 1,8 % aux radiations ionisantes, 0,9% au manque d’activités physiques, 0,6% aux traitements hormonaux, 0,5 % à ne pas avoir allaité, 0,4% aux particules fines.
On relève en France depuis 2016 une diminution du tabagisme quotidien : si, en 2024, 18% des 18-75 ans fument quotidiennement, on note une diminution de 28 % des personnes qui s’exposent à un tabagisme quotidien entre 2021 et 2024, en particulier chez les femmes. Entre 2020 et 2021, en métropole, la proportion d’adultes dépassant les repères de consommation d’alcool à moindre risque a significativement diminué (de 23,7 % à 22 %) principalement parmi les hommes, les plus jeunes et les plus âgés, et chez les personnes aux revenus les plus élevés. En revanche, si la proportion d’adulte obèses ou en surpoids se stabilise entre 2015 et 2020, la prévalence de ce facteur chez l’enfant et l’adolescent ne cesse de progresser ce qui apparait préoccupant.
Effets des programmes de dépistage des cancers.
Depuis 2004, 3 programmes nationaux de dépistage ont été lancés qui concernent le cancer du col de l’utérus, les cancers colo-rectaux et le cancer du sein.
Sur la période 2020-2022, la participation au dépistage organisé chez les femmes de 25 à 65 ans du cancer du col de l’utérus a été de 59,5 % et 32 000 lésions précancéreuses ont été détectées chaque année. La non-participation à ce dépistage concerne particulièrement des femmes de plus de 50 ans (1 femme sur 2 entre 50 et 65 ans ne se fait pas dépister) et celles qui sont en situation sociale défavorable. La vaccination des filles et des garçons à partir de 11 ans contre le papillomavirus va changer à terme la donne dans ce domaine.
Pour la période 2024-2025, le taux de participation de la population cible (50 à 74 ans) au dépistage par kit du cancer colorectal a été de 30,7 % ce qui reste très en deçà du seuil européen acceptable fixé à 45 %. Des facilités d’accès aux kits sont en cours de déploiement (envoi des kits à domicile, accès en ligne).
En 2023-2024, le taux de participation au dépistage du cancer du sein (femmes de 50 à 74 ans) a été de 46, 3 % et ce taux tend à baisser depuis 10 ans. Les possibilités d’imagerie de lecture de la mammographie en 3 D (tomosynthèse) susceptible d’améliorer la détection de lésions précancéreuses est attendue.
Depuis janvier 2015, le programme pilote « IMPULSION » de dépistage du cancer du poumon doté de 6 millions d’euros s’adresse aux fumeurs et ex-fumeurs de 50 à 74 ans (ayant arrêté depuis moins de 15 ans). Il repose sur la réalisation d’un scanner thoracique à faible dose et la proposition d’un accompagnement au sevrage tabagique. Les participants sont appelés à réaliser deux scanners à un an d’intervalle, puis tous les deux ans. Il concerne actuellement 20 000 volontaires et, si les résultats du programme pilote sont positifs, sera généralisé.
L’impact des cancers sur l’activité hospitalière.
Près de 1,4 millions de personnes sont, en 2024, traitées pour cancer au niveau hospitalier, en augmentation de 2,5 % par rapport à 2023. Pour traiter un cancer, tous les établissements de santé, publics ou privés, doivent disposer d’une autorisation délivrée par l’ARS afin de garantir le niveau requis de qualité, de sécurité et d’accessibilité : en 2024, 826 établissements étaient ainsi autorisés en France.
En 2024, le coût de la prise en charge des cancers s’élève à 29,3 milliards d’euros et est, d’année en année en constante augmentation (+ 7 % par rapport à 2023). Hors séance de radiothérapie réalisée en secteur privé libéral, 7,4 milliards d’euros sont liés aux médicaments anticancéreux avec une augmentation très significative des coûts liés aux immunothérapies.
Conformément aux objectifs du plan cancer 2003-2007, la démographie médicale dédiée à l’oncologie a très fortement progressé en raison d’une attractivité accrue pour la filière. On dispose en France en 2024 de 1714 anatomopathologistes, 1662 médecins oncologues médicaux et 1131 oncologues radiothérapeutes.
Parmi les 1,4 millions de personnes traitées en 2024, 437 735 ont bénéficié d’une chirurgie carcinologique, 403 400 d’un traitement médicamenteux, 265 000 d’une radiothérapie. Ces dernières années, à côté des traitements traditionnels, émergent les nouveaux traitements d’immunothérapie spécifique tels que les cellules CAR-T et les inhibiteurs de points de contrôle dont les coûts sont importants. Ainsi, en 2023, 90 466 patients ont été traités par des inhibiteurs de points de contrôle (+ 21 % par rapport à 2022) et 1 173 par des cellules CAR-T (+ 49,5 % par rapport à 2022).