Bandeau
ASNOM
Mari transve mare, hominibus semper prodesse

Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

LA CIGUATERA OU ICHTYOSARCOTOXISME
Article mis en ligne le 29 janvier 2024
dernière modification le 13 février 2024

En Polynésie, après avoir consommé du "mérou" ou du "poisson chirurgien", un sujet ressent des picotements du visage et du pourtour buccal, un malaise général et des sueurs froides. Quelques heures plus tard, surviennent des brûlures et des décharges électriques dans tout le corps, une gêne des membres inférieurs, de la frilosité, etc... Il est victime de la ciguatera. Le retour à la normale peut demander quelques semaines. Une atteinte cardiaque conduisant à la mort est exceptionnelle mais possible : 1 à 2 % des cas.

Décrite par les grands navigateurs du XVII° siècle, de Queiros, Locke en 1675 aux îles Bahamas et sévissant dans les mers chaudes tropicales, on observe cette intoxication aux abords des îles : dans le Pacifique, notamment en Polynésie, dans l’Atlantique, entre autres dans la Caraïbe, aux Antilles et dans l’Océan Indien, autour des Mascareignes.

Lagon

Les médecins coloniaux distinguent ce tableau de celui d’une intoxication par ingestion d’un poisson avarié et, avec les ichtyologues, soupçonnent l’intervention d’une toxine de nature et de provenance indéterminées. On constate que la même espèce de poisson peut être dangereuse ou inoffensive selon sa taille et la région de pêche mais aussi selon les jours.

Trois centres de recherches tentent d’élucider ce mystère : les Américains à Honolulu, les Japonais à Tokyo et les Français à Tahiti.

Bagnis*, directeur de l’institut Mallardé de Papeete dresse de 1965 à 1980 la liste des poissons responsables de la ciguatera dans l’aire Indo-Pacifique, tous poissons carnivores de grande taille.

En 1977, il découvre, aux îles Gambier une petite algue bleue, microscopique, un Dinoflagellé dénommé Gambierdiscus Toxicus identifiée en 1979 par Adachi et Fukuyo comme responsable de la synthèse des toxines ciguatériques, en particulier de ciguatoxine.

Cette algue abonde dans les fonds marins coralliens, surtout s’ils ont été récemment bouleversés par des lames de fond ou des travaux portuaires. Bagnis* décrit le cycle physio-pathologique : les poissons herbivores deviennent toxiques en se nourrissant de ces algues. Les gros poissons carnivores le deviennent en consommant les premiers, tout en restant eux-mêmes indemnes. Chair et surtout viscères de ces derniers sont toxiques, d’où le nom d’ichtyosarcotoxisme.

La toxine résiste à la chaleur de la cuisson. Il n’existe pas de traitement spécifique de cette intoxication.

Pour en savoir plus :

 Bagnis R. : Les empoisonnements par le poisson en polynésie française. Rev. Hyg. et Méd. Soc.1967,15,7,619-646.
 Bagnis R. : L’ichtiosarcotoxisme de type ciguatera en Nouvelle Calédonie. Rev. Epid. 1979,27,1,29.
 Bagnis R. : Etude morphologique, biologique, toxicologique et écologique de l’agent causal "princeps" de la ciguatera, le péridien "Gambierdiscus toxicus". Thèse Doctorat Biologie humaine, 1981, Université de Bordeaux II, n°26.
 Le Coq Saint-Gilles, Sankale M. : Les poissons toxiques. L’ichtiosarcotoxisme de type ciguatera. Conc. Méd. 1983,105,21,2353-2368.