Bandeau
ASNOM
Mari transve mare, hominibus semper prodesse

Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

LA DRACUNCULOSE OU VER DE GUINÉE
Article mis en ligne le 30 janvier 2024
dernière modification le 14 février 2024

De longs vers blancs filiformes, se logeant dans les masses musculaires profondes des membres inférieurs, au contact du squelette, la femelle vient pondre dans l’eau, perforant la peau des chevilles en provoquant des tuméfactions et des ulcérations traînantes et invalidantes, telle est la dracunculose, endémie de l’Afrique noire et du Moyen-Orient, qui, par sa fréquence et ses répercussions sociales constitue un problème de santé publique.

Rassemblement de malades atteints de Dracunculose

L’agent causal est une variété de filaire, Dracunculus medinensis, ou filaire de Médine.

Seule pathogène, la femelle ressemble à une "corde de violon" (Le Dantec*), de 0,5 à 2 mètres de long.

Après un long séjour silencieux dans l’organisme, le ver gagne les jambes, perfore la peau et, au contact de l’eau (au cours d’une baignade par exemple) émerge en libérant une multitude d’embryons dits microfilaires.

Trois vers extériorisés

Ceux-ci achèvent leur développement dans le corps d’un minuscule crustacé d’eau douce, de la taille d’un gros grain de sable, le cyclops.

L’homme se contamine en avalant ces cyclops avec l’eau des mares et puits qu’il boit.

Répartition géographique de la dracunculose

Atteignant dans le monde un cinquantaine de millions d’individus, cette affection sévit, surtout en Afrique de l’Ouest et sa présence dans le golfe de Guinée lui vaut l’appellation courante de "Ver de Guinée".

Filaire de Médine

Confronté dès son origine à cette pathologie, le Corps de santé colonial en précise la répartition géographique, étudie ses signes et cherche à hâter l’extirpation totale du ver, condition de la guérison.

Dès 1898, en AOF, Bartet* au Dahomey puis, un peu plus tard, Comméléran* en Mauritanie insistent sur les signes généraux précédant la sortie des vers : c’est l’urticaire filarien. Ensuite, dans la zone d’émergence du ver, grandit une tuméfaction douloureuse centrée sur un pseudo-furoncle qui bientôt se déchire, laissant apparaître l’extrémité du ver. De là, part, le long de la jambe, un cordon sinueux, palpable, le trajet vermineux.

Les surinfections sont fréquentes, susceptibles de provoquer des septicémies graves.

Au Sénégal, Trucy*, dans les années 1920, confirme la prédominance des localisations filariennes aux membres inférieurs, dans les régions distales, pieds et jambes, quelquefois les cuisses et plus rarement dans d’autres parties du corps. Un même malade peut être porteur de plusieurs dizaines de filaires. La marche et le travail deviennent alors impossibles, faisant de la dracunculose une maladie à incidences sociales. Pirame* fait état, en Haute-Volta , de 15 cas de tétanos dont la porte d’entrée est une ulcération due au ver de Guinée. Par ailleurs, il existe des localisations "aberrantes" au premier rang desquelles figure le scrotum.

L’extirpation du ver étant le but du traitement, la méthode indigène, appelée procédé persan, demande des semaines : on enroule autour d’une brindille de bois la portion accessible du ver et, chaque jour, on exerce une traction en prenant garde de ne pas le rompre, ce qui pourrait provoquer un phlegmon, voire une gangrène.

Ver de Guinée : extraction progressive d’une filaire

Les médecins coloniaux se sont évertués, sans succès convaincant, à trouver des méthodes plus rapides d’extraction du ver soit par une incision chirurgicale le long du trajet vermineux, soit par traction du ver tué au préalable en lui injectant du bichlorure de mercure (Emily*, puis Blin*) ou anesthésié par la cocaïne.

Jeanselme* puis Le Dantec* essaient un traitement général par le novarsénobenzol pour tuer le ver. A partir des années 1960, on dispose de médicaments actifs par voie générale dont le premier est le niridazole. Les vers peuvent et doivent alors être extirpés en quelques jours et l’inflammation des lésions cutanées régresse rapidement.

Dans chaque famille mais aussi au niveau de la collectivité, la prophylaxie repose sur une filtration de l’eau de boisson. Les filtres peuvent être sommaires, une simple étoffe de pagne suffit à éliminer les cyclops.

Les points d’eau traditionnels sont remplacés par des puits à margelle. A la condition d’obtenir, par l’éducation sanitaire, l’adhésion des populations, ces mesures sont si efficaces que l’éradication mondiale de la maladie s’avère aujourd’hui possible.

En 1980, sous l’égide de l’OMS, est lancé un programme mondial qui doit faire disparaître le fléau avant… l’an 2000. Il semble bien que l’échéance doive être retardée.

Pour en savoir plus :

 Joyeux Ch., Sicé A. : Dracunculose. p.394 in Précis de médecine coloniale. Masson et Cie Edit. 1937. Paris.
 Muller R. : La dracunculose : épidémiologie, endiguement et traitement. Bull. OMS. 1979,57,6,903-910.
 Carme B., Gentilini M. : La dracunculose ou filariose de Médine. Encycl. Méd. Chur. 8-112 A20. 4-1982.