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Site de l’Association Amicale Santé Navale et d’Outre Mer (ASNOM)

LES PROFESSIONS DE SANTE S’APPROPRIENT L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS LEUR PRATIQUE QUOTIDIENNE.
Article mis en ligne le 3 février 2026
dernière modification le 21 avril 2026

Le développement de l’intelligence artificielle (IA) et son intrusion dans nos vies quotidiennes, que l’on soit conscient ou non de ses applications que l’on utilise régulièrement, que l’on y soit favorable ou non en particulier au regard de questionnements éthiques, sont une réalité. Chacun a bien compris que nombre de technologies s’appuient dorénavant sur elle. Pour autant, dans le domaine médical, si l’on se doute que les techniques les plus récentes y ont recours, la question est de savoir si les praticiens d’aujourd’hui utilisent régulièrement ses applications dans leur exercice journalier et, si oui, dans quel domaine et à quelles conditions.


L’Acsel, association rassemblant les acteurs de l’économie du numérique, a publié les résultats de son enquête sur l’usage des données et de l’IA dans la santé le 11 décembre 2025. A ce jour, 90 % des professionnels de santé déclarent utiliser des outils d’IA dans leur pratique, 1/3 de ces professionnels l’utilisant chaque jour ; 53 % déclarent que l’arrivée de l’IA (incluant l’IA générative) a modifié leur pratique ; 52 % l’utilisent comme aide au diagnostic ou à la décision, 43 % pour la formation ou l’auto-apprentissage, 37 % pour l’organisation et la planification de leur travail, 31 % pour l’analyse de données cliniques ou épidémiologiques, 30 % pour des travaux de recherche. Les spécialistes pratiquant en hôpital sont ceux qui déclarent le plus utiliser quotidiennement de l’IA ; les oncologues se trouvent le plus haut dans le classement, puisque 53% de ces spécialistes sondés disent utiliser tous les jours de l’IA, contre 30% des gériatres et 44% de l’ensemble des spécialistes hospitaliers interrogés. Les infirmiers interrogés, qu’ils pratiquent en ville ou à l’hôpital, dans le public comme le privé, l’utilisent beaucoup moins (18% des sondés). Pour ces professionnels, l’apport de l’IA est surtout un gain de temps (56 %) et une aide à la préparation des comptes-rendus (50%) et c’est cette réduction des tâches administratives qui représente le domaine où l’apport de l’IA leur est la plus efficace. L’obtention d’une meilleure précision et sécurité du diagnostic est également soulignée par 40 % des professionnels. Si ¾ d’entre eux déclarent avoir confiance dans l’IA en santé, ils ne sont que 7 % a avoir tout à fait confiance, preuve d’une certaine méfiance de leur part et surtout des risques existants pour lesquels sont cités : la difficulté de vérifier la fiabilité des résultats, la responsabilité floue en cas d’erreur de l’IA, les dérives éthiques potentielles, les erreurs médicales possibles et l’atteinte à la protection des données. Néanmoins, 90 % des professionnels de santé estiment que l’IA a vocation à devenir incontournable dans les prochaines années et 57 % pensent que l’IA rendra la profession plus attractive.

Au-delà de ces résultats qui montrent que l’IA est maintenant largement présente dans le quotidien des professionnels de santé, ce que l’Acsel présente comme son « baromètre IA et santé » fournit des renseignements intéressants :
• Dès à présent, 45 % des Français disent avoir recours à des outils faisant appel à l’IA pour des questions relatives à leur santé et 25 % l’utilisent chaque semaine ; 58 % des Français déclarent avoir confiance dans l’IA.
• Les professionnels n’informent que pour 55 % d’entre eux leur patient sur le fait qu’ils ont en recours à l’IA pour les prendre en charge ce qui est très insuffisant.
• Seulement 37 % des professionnels s’estiment bien formés sur l’utilisation des outils faisant appel à l’IA et 55 % plébiscitent l’existence d’un cadre réglementaire clair, sécurisant et adapté aux spécificités de l’IA en santé ; ainsi, seuls 45% des professionnel sondés se réfèrent au règlement général sur la protection des données (RGPD) dans leur usage de l’IA, et 29% disent même n’en avoir jamais entendu parler !
• Si 94 % des professionnels souhaitent privilégier le recours à des outils d’IA français ou européens, 84 % utilisent ChatGPT (Open AI), 66 % Gemini (Google) et 21 % Copilot (Microsoft) donc essentiellement des outils des GAFA là ou le recours à Le Chat Mistral, plate-forme française, n’est mentionné que par 19 % d’entre eux. Ce constat revient à dire que nos soignants abreuvent d’informations les chatbots américains.


Les résultats de cette enquête viennent confirmer ceux obtenus en octobre 2025 par PulseLife, start-up française spécialisée dans l’IA générative médicale, sur la base d’un questionnaire auto-administré déposé auprès de 608 répondants, dont 54% de médecins, 18% d’infirmiers, 6% de pharmaciens, 4% d’aides-soignants, 18% issus d’autres professionnels (kinésithérapeutes, ostéopathes, dentistes, etc.). Selon cette étude, 81% des soignants disent utiliser l’IA au moins une fois par semaine, et 23% quotidiennement.

Face à ce constat, en particulier pour que les professionnels de santé français puissent disposer d’outils d’IA fournissant des données médicales fiables, de nombreuses initiatives prennent corps en France ayant également pour objectif de ne plus avoir à recourir à des outils dépendant des GAFA, comme par exemple :
• La start-up Synapse Médecine lance ainsi un projet collaboratif et open source, MedGPT, autour duquel les concepteurs souhaitent agréger un maximum de données provenant des professionnels de santé.
• Le Collège national des généralistes enseignants lance « Ebim » avec le concours de la société Fasfox et usant du moteur de Mistral AI : cet outil se positionne comme un assistant de recherche intelligent au service du médecin généraliste qui reste seul expert et responsable de la décision médicale tout en lui offrant un accès en consultation à des informations médicales fiables et actualisées.

Le secteur sanitaire n’est pas le seul à bouger : en novembre 2025, lors du Salon des services à la personne et de l’emploi à domicile qui s’est tenu à Paris, le sujet de l’apport de l’IA a été largement abordé, qu’il s’agisse de la planification des tournées et de la gestion des personnels, de la gestion administrative, mais aussi du repérage des fragilités.

Nous assistons donc à des évolutions majeures des métiers de santé et plus largement de l’aide à la personne en lien direct avec l’apparition de l’IA qui, à l’évidence, est adoptée par les professionnels de santé avec le même entrain qu’ils ont eu à s’approprier l’Internet mais aussi avec les mêmes risques de dévoiements éthiques et sécuritaires. Il apparait ainsi urgent de clarifier les utilisations de l’IA en santé qui, quoi qu’on en dise et quoi qu’on en pense, rentre très vite dans les mœurs et les pratiques de l’ensemble de la communauté des professionnels de santé en France comme ailleurs.


Consciente de ces risques, l’Académie de médecine a récemment rappelé que l’utilisation de l’IA ne modifie pas les règles fondamentales de la responsabilité médicale, qu’elles soient pénales, civiles, administratives ou disciplinaires. Ce rappel fait écho à l’adoption dès le 13 juin 2024 par le Parlement européen d’un règlement européen sur l’IA (RIA) qui sera pleinement effectif le 2 août 2027 et qui définit des règles qui s’appliquent y compris aux « déployeurs » de l’IA, ce qui inclut les professionnels de santé. En termes de responsabilité, ce RIA stipule que ceux-ci doivent s’assurer que les outils d’IA qu’ils utilisent sont agrées avec un marquage CE, connaitre et comprendre les capacités et limites des systèmes d’IA utilisés en médecine, maintenir leur rôle décisionnel ; le médecin se doit d’informer son patient sur l’utilisation de l’IA dans la démarche médicale le concernant et tracer cette information. A contrario, il est mentionné que « lorsque les performances diagnostiques et/ou thérapeutiques liées à l’IA accroissent significativement l’efficience de la prise en charge, à plus forte raison si elle est recommandée par les agences de santé ou les sociétés savantes, en priver le patient pourrait constituer une perte de chance ». Cependant, « l’utilisation de l’IA ne met pas le médecin dans l’obligation d’en suivre les préconisations, mais il doit informer le patient des raisons de son choix ».

Le recours à l’IA par les professionnels de santé ne va donc pas rester sans conséquences dans le cadre de leur formation et de leurs pratiques.